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La pop est une science et elle s'accommode volontiers de l'alchimie entre des musiciens que relient les liens familiers du sang et de l'esprit.
Fiers de leurs capacités multi-instrumentales, ils préfèrent se considérer comme quatre MC's plutôt que se désigner selon les rôles traditionnels, laissant parler la musique, les rythmes et les accroche-coeurs mélodiques.
Mais le groupe est bel et bien composé de deux frères non moins véritables qu'ils sont Suisses, Xavier (basse, voix) et Vincent (batterie, voix), les deux autres étant leurs cousins, Yan au sang Britannique (guitare, voix) et Mathieu, aux origines Vénézuéliennes (guitare/claviers, voix).
Gush est donc le genre de groupe, soudé, familial, qui surgit parfois et qu'on reconnaît tout de suite à sa nature particulière. Les vrais cousins Beach Boys étaient comme ça, les faux frères Ramones aussi, une espèce de famille agrégée d'individus qui se sont reconnus entre eux. D’ailleurs, comme les meilleurs groupes, les Gush ont un look, mieux, une attitude, distincte et instantanément reconnaissable.
Ça s'entend autant dans leurs harmonies vocales que dans leurs goûts musicaux, qui traversent les époques à la recherche de la pureté pop autant que de la force du groove : des Beatles aux Beastie Boys, de Funkadelic à AC/DC, de Fela à Daft Punk, les Gush aiment quand le tout est plus grand que la somme de ses éléments, et si possible en communion avec le public.
Leurs titres sont des slogans, presque des manifestes hédonistes : « Dance On », tube scénique, « Amazing », titre de leur premier EP en 2005, « Rocking For My Children », deuxième EP en 2007, la suite étant en préparation.
Si l'avenir est aux cadences tribales et aux mélodies imparables, à l'émotion échevelée et au ébats déchaînés, c'est qu'il appartient à ces scientifiques de la pop que sont les Gush.

Au départ, un contrebassiste, un guitariste et un violoniste ; tous très bons musiciens et férus de swing jazz, des Django addicts par ailleurs bidouilleurs électro. Leur projet séduit une chanteuse, un clarinettiste, un tromboniste rythmicien et un guitariste DJ. Lookés façons Zazous, les paléo-punks des années 40, ils donnent le “la” d’une musique jubilatoire et frénétique, improbable charleston futuriste, dancefloor et mélodique. Le tango avait son Gotan Project, le swing jazz a son Caravan Palace.
Ça commence souvent comme ça, une bande de potes qui se connaissent depuis 10 ans et qui s’affairent dans la musique chacun de leur côté. Dans le cas présent, c’est Hugues au violon, Arnaud à la guitare et Carlos à la contrebasse. Une passion commune, le jazz manouche, dans son milieu naturel, les bars. Une pratique –relativement– sérieuse de la composition. Et une inclinaison de leur temps : bricolo électro, house, dub, hip-hop.
Le déclic, c’est la commande d’une boîte de prod’-image : une bande son sur des films porno muets du début du (XX°) siècle ! Ils y brassent tous les ingrédients de leur bagage. Nos trois larrons font tourner le résultat de leur ébauche auprès des oreilles amies, le feedback les convainc de laisser de côté leurs projets respectifs et de “pondre” un répertoire propre. Car il n’est pas question pour eux de relooker Django ou de faire un lifting au jazz swing ! Quitte à tracer une voie inédite, autant le faire avec du matériau flambant neuf.
On est en 2005. Ça va leur prendre un an. C’est là qu’ils rencontrent Loïc Barrouk, le boss du Café de la Danse, qui s’enthousiasme pour le projet, leur ouvre le chemin du disque (ils enregistrent dans la foulée avec des musiciens de studio) et, dans un second temps, de la scène. Pour ça, il faut trouver de durables compagnons d’aventure, ils fouinent sur MySpace. En deux mois, la troupe est au complet, avec Chapi (clarinette), Toustou (trombone et homme des rythmes synthétiques) et, last but not least, la pétulante Colotis Zoé au chant, le portrait-type de la chanson “Jolie coquine” ! Des trois pionniers, Hugues, le foufou de la bande, se révèle un scatteur échevelé, Arnaud et Carlos doublent leurs instruments par la programmation. Tous ensemble, ils composent un nouveau répertoire. La Caravane décolle.
Le secret de Caravan Palace, c’est un buzz supersonique via le net (une promo gratos) et un an de concerts qui frappent, avant même la sortie du disque, notamment le Festival de Jazz Django Reinhardt 2007, à Samois, où ils retournent un public qui ignorait leur existence et claquent ainsi le bec aux orthodoxes de la scène jazz manouche. Les -excellents- musiciens de Caravan Palace qui sont certes “gadjos” (non gitans), donnent un coup de jeune à ce swing éternel sans pour autant être donneurs de leçons. En plus d’un public d’oreilles curieuses, ladite Caravane entraîne déjà derrière elle un “posse”, une troupe d’accros familiers de la vibe électro, qui les suit de scène en scène. Le terrain de jeu de Caravan Palace ne se limite pas à l’hexagone, l’Europe, curieuse, les demande.
Octobre 2008, enfin l’album, chez Wagram. Avec Caravan Palace, le swing s’est trouvé un futur antérieur...
Rémy Kolpa Kopoul
ConneXionneur
Radio Nova - France

GUSH
premier album « Everybody’s God » (Cafe de la Danse/Cinq7/Wagram)
sortie le 15 février 2010
Ouvrons d’abord notre dictionnaire d’anglais à la lettre G. Au sens premier, « gush » signifie « jaillissement ». Que ces jeunes musiciens aient choisi de répondre à ce nom ne tient pas seulement à son côté catchy. Car ici ce sont bien quatre énergies créatives distinctes, celles de Yan, Xavier, Mathieu et Vincent, qui s’expriment à l’unisson. Oubliez ce que vous croyez savoir sur les groupes de rock et leur hiérarchie officieuse - un ou deux leaders et des indispensables faire-valoir pour concrétiser les idées des chefs. Rien de tout ça dans Gush qui compte quatre meneurs, quatre chanteurs, qui donnent de la voix, ensemble ou séparément, et mettent en commun leurs idées et leurs envies. Sur scène ou en studio, ils ont aussi pris l’habitude de sauter d’un instrument à l’autre. Dans le plus grand des naturels, pour servir au mieux leur répertoire, ils mixent ainsi guitares folk ou furieuses, basses rebondies, piano à l’ancienne, synthés et batterie avec une science de l’arrangement digne de vieux briscards.
Si le quatuor affiche une bluffante alchimie qui s’entend dans le moindre refrain, c’est d’abord parce que son parcours prend la forme d’une histoire de famille. Xavier et Vincent sont frères et ont débuté, adolescents, en reprenant le répertoire des Beatles dans leur salon. Leur cousin, Mathieu, a lui appris le piano classique avant d’être électrisé, teenager, par l’irruption de Nirvana. Le propre cousin de ce dernier, Yan, a été nourri au rock par son père, membre d’un groupe de pop à la française. Tous les quatre ont grandi avec l’amour des harmonies vocales qu’ils entendaient chez les Beatles ou Crosby, Stills, Nash & Young. Chanter à plusieurs, en harmonie, est devenu pour eux un plaisir, une seconde nature. Et avoir fait leurs armes dans le métro ou dans des bars, où ils reprenaient des classiques de la pop anglo-saxonne, de la soul (Marvin Gaye, Otis Redding) ou du reggae (Bob Marley), a été décisif. Cet apprentissage leur a permis d’acquérir la cohésion vocale qui rend aujourd’hui Gush unique, capable d’interpréter avec la même ferveur un morceau a capella ou en configuration électrique. Quand leurs quatre voix se rejoignent, quelque chose de magique, proche des good vibrations célébrées par les Beach Boys, se diffuse dans l’air.
OK, certains de leurs disques de chevet sont signés par des artistes qui occupent une place de choix dans l’histoire du rock ou de la musique black (des Rolling Stones à George Clinton en passant par Neil Young). Mais Gush n’a rien d’un groupe tourné vers le passé. Emportés par l’audace de la jeunesse, ses quatre membres font fructifier leur héritage musical et créent leur propre mythologie. Qu’ils se sentent proches de la philosophie du caméléon américain Beck ou de celle de son compatriote James Murphy (LCD Soundsystem) montre leur goût pour les trafics sonores modernes. Capables d’accompagner sur scène Adanowsky (le fils d’Alejandro Jodorowsky) ou la furie Izia, ils réalisent sur leur premier album de grands écarts spectaculaires entre les genres (du folk à la soul) avec une étonnante souplesse, embrassant les styles avec appétit, les vampirisant avec fièvre. Imaginez que les Kings Of Leon fusionnent avec les électrons libres de TV On The Radio, Phoenix ou les chantres de la pop anglaise sixties de The Last Shadow Puppets… Vous aurez une idée (très approximative) de ce qui vous attend, un groupe totalement libéré qui aime les mélodies fondantes (“My Favorite Song”, “P.nis”) que l’on reprend en chœur mais aussi le groove chaloupant qui fait remuer les hanches (“You Really Got Style”, pas loin d’Outkast, “Dance On” et son riff dansant de steel slide guitar ou le très soul “Let’s Burn Again”). Ce groupe polyglotte et imaginatif se nourrit de l’énergie du rock’n’roll (“Back Home”, “Vondelpark”) mais démarre son album avec un morceau indescriptible, “The Big Wheel”. Mieux qu’un long discours, cette entrée en matière montre pourquoi Gush est là : pour innover, surprendre et réjouir son auditoire. Car, quel que soit le thème abordé dans leurs chansons (l’amour, le sexe, la jalousie, la perte), celles-ci sont toutes portées par un vent de légèreté et de fraîcheur, un souffle joyeux qui contraste avec les paroles – toutes écrites en anglais. En effet, bien décidé à mettre du baume au cœur de leurs auditeurs (« on veut les masser de l’intérieur »), Gush aime aussi la mélancolie, surtout lorsqu’elle caresse les oreilles et tire vers le haut (“In The Sun”, “Jealousy” quasi doo-wop). Conçu de manière homemade avec des méthodes artisanales qui n’oublient pas la modernité, ce premier album est de ceux qui (re)donnent la foi. La musique a un futur radieux et un présent déjà brillant, il s’appelle Gush, vrai geyser de pop kaléidoscopique.